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Les agents IA me rappellent la VoIP de 2010. J'ai déjà vu comment ça finit.

En 2010, des vendeurs sans compétences ont dégoûté les PME belges de la VoIP. Le même scénario démarre avec les agents IA. Ce que j'en ai appris.

Infrastructure 6 min de lecture
Parallèle entre la vague VoIP des années 2010 et l'arrivée des agents IA dans les PME belges

Quand j’ouvre LinkedIn en ce moment, j’ai une impression de déjà-vu. Des dizaines de profils qui vendent des « solutions d’agents IA », des promesses de transformation en quelques semaines, des démos qui brillent. J’ai vécu exactement cette scène il y a quinze ans. À l’époque, le mot magique n’était pas « agent IA ». C’était « VoIP ».

En bref : au début des années 2010, une vague de vendeurs sans compétences techniques a dégoûté les PME belges de la téléphonie IP, au point que beaucoup sont reparties vers leur ligne classique. Le même cycle commence avec les agents IA. La technologie n’est pas en cause. Ce qui fait la différence, c’est qui la déploie, et avec quels garde-fous. Voici ce que j’ai construit pour ne pas reproduire l’erreur.

La première vague : quand la VoIP a fait peur aux PME belges

Au début des années 2010, la téléphonie sur IP est devenue le sujet à la mode. Sur le papier, tout y était : moins cher que les lignes traditionnelles, plus souple, plein de fonctions nouvelles. Le revenu était récurrent et attractif. Forcément, ça a attiré du monde.

Le problème, c’est que ça a attiré n’importe qui. Des sociétés qui n’avaient jamais touché à un réseau se sont mises à vendre de la téléphonie. Des commerciaux promettaient des choses qu’ils ne comprenaient pas eux-mêmes. Le déploiement, lui, exige de vraies compétences : du réseau, de la qualité de service, une infrastructure qui tient la charge. Sans ça, les appels coupent, le son grésille, la ligne tombe au pire moment.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Des déploiements ratés, des entreprises déçues, et une méfiance durable. Beaucoup de PME belges ont fini par revenir vers leur opérateur historique, soulagées de retrouver une ligne qui marche, même chère. Le plus injuste dans cette histoire, c’est que les opérateurs sérieux se sont retrouvés pénalisés. Le marché avait pris peur du produit lui-même, pas des charlatans qui l’avaient mal vendu.

Ma place dans cette histoire

Quand j’ai lancé Digitis dans la téléphonie, je ne venais pas du commercial. Je venais de l’infrastructure et du réseau. Je savais ce qu’il fallait pour qu’un appel passe proprement, parce que c’était mon métier avant d’être mon produit.

Du coup, je n’ai pas vendu du rêve. J’ai passé des années à rassurer. À expliquer pourquoi notre téléphonie cloud tenait, à montrer plutôt qu’à promettre. C’est comme ça que la clientèle s’est construite, lentement, par la preuve. Encore aujourd’hui, chez Digitis, nous travaillons sans contrat d’engagement. Nos clients restent parce qu’ils sont satisfaits, pas parce qu’ils sont liés par une signature. Quand on n’a pas de menotte contractuelle pour retenir les gens, on est forcé d’être bon tous les mois. C’est une discipline saine.

Ma vraie compétence commerciale, je l’ai comprise à ce moment-là : elle ne consiste pas à survendre, mais à réduire la peur. À être l’opérateur de confiance plutôt que le gourou.

La deuxième vague est en train d’arriver

Aujourd’hui, je regarde le marché des agents IA et je vois le même film recommencer, image par image.

La technologie est réelle et puissante, comme la VoIP l’était. Le revenu récurrent attire, comme avant. Et la même cohorte de vendeurs débarque, prête à promettre une PME entièrement automatisée pour le mois prochain. Sauf que mettre un agent IA en production sérieusement, ce n’est pas brancher une API et croiser les doigts. Il faut une infrastructure, des permissions maîtrisées, des garde-fous, une supervision. Sans ça, un agent qui se trompe ne grésille pas comme une ligne téléphonique : il peut effacer un fichier, casser une configuration, ou prendre une décision que personne n’a validée.

Les premiers retours d’échec commencent déjà à apparaître. Ils ressemblent trait pour trait à ceux de 2010. Et je crains la même conséquence : que des PME, échaudées par une mauvaise expérience, finissent par se méfier de l’IA elle-même, alors que c’est le déploiement bâclé qui était en cause.

Comment je construis, cette fois en le montrant

J’ai décidé d’appliquer aux agents IA exactement la rigueur que j’aurais voulu voir partout dans la VoIP. Plutôt que d’en parler, je l’ai bâti chez moi d’abord, dans ma propre entreprise, pendant six mois.

Ce qui en est sorti, c’est une architecture à deux niveaux, que nous faisons tourner en production sous le nom de SmartInfra.

Le premier niveau est un agent de maintenance autonome, avec des permissions Linux strictement bornées. Il fait les tâches routinières et sans risque : surveiller l’état des serveurs, appliquer les mises à jour, lancer les snapshots, nettoyer un disque qui se remplit. Il agit seul parce que son périmètre est volontairement minuscule. Il ne peut tout simplement pas faire de dégât, par conception.

Le deuxième niveau est capable d’interventions plus lourdes. Et celui-là ne touche à rien sans validation humaine explicite. Chaque action sensible passe par une interface de contrôle où un humain dit oui ou non, en connaissance de cause. C’est le principe de séparation des privilèges, celui qu’on applique en sécurité informatique depuis toujours : un agent ne devrait jamais avoir plus de droits que ce que sa tâche exige.

Gouvernance, garde-fous, supervision humaine sur ce qui compte. Si vous voulez voir à quoi ça ressemble concrètement, la page SmartInfra détaille le fonctionnement. C’est public, parce que je préfère montrer une infrastructure réelle plutôt que tenir un discours.

La leçon, si vous deviez n’en retenir qu’une

La technologie n’est presque jamais le problème. La VoIP était une bonne technologie, mal déployée par des gens pressés. Les agents IA sont une bonne technologie, et ils sont en train d’être mal déployés par des gens pressés.

Alors je ne vais pas vous dire de fuir l’IA. Je vais vous dire ce que j’aurais conseillé à n’importe quelle PME en 2010 face à un vendeur de VoIP trop enthousiaste : demandez à voir l’infrastructure. Pas la démo, pas le slide. L’infrastructure. Demandez qui valide quoi, quelles permissions l’agent possède, ce qui se passe quand il se trompe. Si votre interlocuteur sait répondre à ça calmement, vous avez affaire à quelqu’un qui a déjà mis les mains dedans. Sinon, vous avez peut-être en face de vous un cow-boy de 2026.

J’ai déjà vu comment finit cette vague-là. Cette fois, j’aimerais qu’on s’en souvienne avant, pas après.

Pour aller plus loin : notre approche de l’IA pour les PME, et le récit de comment j’ai sorti mon entreprise à 100% des GAFAM en 6 mois.